3  Financièrement, le mur

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3.1 La crise des subprimes

Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir sur la crise des subprimes de 2008, souvent résumée par le produit financier “2/28”.

Les banques proposaient des crédits immobiliers à des emprunteurs solvables uniquement à court terme. Pendant les 2 premières années, le taux d’intérêt était artificiellement bas (le “taux d’appel”), rendant les mensualités abordables (et appétantes). Au bout de deux ans, le contrat prévoyait un “reset” brutal (= le mur) : le taux d’intérêt revenaient à son niveau réel du marché, et ce pour les 28 prochaines années. Concrètement, les mensualités étaient multipliées du jour au lendemain par 4 ou par 5.

Ceux qui n’avaient pas lu les petits caractères du contrat se sont retrouvés face à un mur, et ont probablement tous été expulsés de leur logement faute de solvabilité. Ceux qui les avaient lu et qui espéraient en profiter, ont été rattrapés par l’effondrement du marché immobilier, et ont également payé les pots cassés.

3.2 Les subprimes appliquées à l’IA

Frédéric Lordon établit une analogie entre la crise des subprimes et la structure financière actuelle (Lordon, n.d.). Tout comme pour le 2/28, le modèle économique de l’IA repose sur un décalage temporel dangereux :

  • La phase d’euphorie (2025, 2026) : Les laboratoires d’IA (comme OpenAI ou Anthropic) signent des contrats de “take-or-pay” avec les hyperscalaires (Google, AWS, Microsoft). Ils s’engagent à louer d’énormes quantités de puissance de calcul, même s’ils n’en ont pas l’usage immédiat. Pour l’instant, les sommes à débourser sont gérables (46 à 131 milliards de dollars).
  • Le mur du reset (2027, 2028) : À l’échéance des contrats, la facture va exploser(The Teaser Period 2026). En 2027, les laboratoires devront sortir 412 milliards de dollars, puis 440 milliards en 2028. C’est le « commencement » réel : l’obligation de payer cash, que le chiffre d’affaires soit au rendez-vous ou non.

Pour le FMI, une chute des cours de l’IA menacerait la stabilité financière mondiale, qui indique également que “les gains pourraient ne pas être aussi importants que prévu”, avec un risque aussi d’avoir trop exposé ses investissements via des fonds spéculatifs ou des effets de leviers. *Pour paraphraser Warren Buffet sur l’Effet Levier : ‘Si vous savez ce que vous faites, vous n’en avez pas besoin, et si vous ne savez pas ce que vous faites, il est probablement trop risqué pour vous de l’utiliser’” (cf. https://mastodon.social/(glyph/117074256633521295?)). Le vrai risque est la socialisation des pertes : les sociétés en faillite entraîneront les banques et les prêteurs, qui se mettront également en faillite, avec un effet rebond sur les finances de ceux qui s’y connaissent le moins ou qui seront des victimes par délégation. On peut craindre que certains gouvernements aient placés les fonds de pension dans des actifs liés à l’IA ; lorsque la valeur de ces actifs dépréciera, il faudra débloquer de nouveaux capitaux qui permettront de voler à la rescousse de ceux qui en cours d’explosion… Un peu comme le sauvetage de certaines banques en 2008, que l’on aurait probablement dû laisser mourir sur place.

3.3 Libre concurrence

L’évasion fiscale en Europe constitue une perte de 500 à 1000 milliards d’euros par an - de quoi gérer les priorités différemment. La fraude au chômage n’est peut-être pas un si gros problème que ce que nos politiques souhaitent nous faire croire, de même que le port du voile au travail n’est finalement pas si important face au rouleau compresseur social que constitue les GAFAM, l’IA ou la politique trumpienne. Lorsque Google reçoit une amende et la paye rubis que l’ongle, c’est presque un aveu que cette amende n’est qu’une broutille face aux bénéfices colossaux accumulés jusqu’à sa constatation. Un avocat lobbyiste coûte cher, mais permet de gagner encore plus.

La “libre concurrence” dont les vendeurs d’IA se revendiquent n’a été acquise qu’au travers de systèmes de défiscalisation, et les dons qu’ils réalisent à destination d’œuvres de charités n’engagent qu’eux, et sont peut-être à destination d’eux-mêmes plus que pour aider les nécessiteux - ou les états, dans les caisses desquels cet argent aurait peut-être dû arriver, faute d’une régulation efficace et grâce aux faiblesses de l’UE, qui a mis en place un marché unique sans instaurer de fiscalité commune.

Lorsque Facebook reçoit une amende historique de 5 milliards, et qu’en même temps, sa capitalisation en Bourse s’envole et couvre entièrement cette amende, il n’y a plus aucune justice ou logique.

Les startups rebelles, type “No evil”, sont à présent des sociétés prédatrices, à l’affût de rachat anticoncurrentiels. Ceci tue l’innovation, laisse moins de choix aux clients et affaiblit la démocratie… tout en soutenant allègrement le pouvoir en place, à grands renforts de portefeuilles aux investitures présidentielles et de protection anticommunistes : “Soutenez nous, protégez nous, ou ce sont les chinois qui gagneront”.

3.4 Economie circulaire

Durant la ruée vers l’or, ceux qui se sont réellement enrichis sont les marchands de pelles. De la même manière, le fabricant de matériel incoutournable est nVidia, qui fabrique les GPU dont les performances sont obligatoires dans la course à l’IA.

En regardant à l’horizon, le plus gros investisseurs dans les sociétés OpenAI et Anthropic est … nVidia, notamment avec des promesses de pratiquement 100 milliards de dollars. Nvidia investit donc des sous dans des sociétés qui réalisent des promesses d’achats pour ses propres puces.

En octobre 2026, la valeur boursière de Google a ainsi perdu près de 500 billions en un seul jour, après avoir annoncé l’impact que l’intégration de Gemini avait sur les publicités, et qui s’est répercutée également auprès d’autres sociétés vendant du rêve, avec un plongeon de plus de 1000 milliards en l’espace de quelques jours, et un total de près de 2000 milliards de dollars sur le mois.

Cet évènement n’est pas isolé, et le même comportement est visible également en Chine, où l’index STAR50 - leader dans les semiconducteurs et l’IA - a chuté de près de 40% depuis son pic de juillet.

Le point “amusant”1, c’est aussi qu’il y a une course à l’échalote pour obtenir des puces, qui finissent par prendre la poussière en attendant que des centres de données sortent de terre pour les y accueillir. Pour résumer ce dernier point, l’augmentation du prix de la mémoire vive ayant augmenté de 350% en moins d’un an a des répercussions directe sur votre pouvoir d’achat - les fabricants ayant jugés bon de vous vendre des appareils connectés à tout va 2.

Si l’on regarde les investissements, gain et dépenses de l’industrie de l’IA dans le monde, on a 1.9T dépensés vs 972B de gain, plus ou moins sauvés par Nvidia, Micron et AMD, c’est-à-dire … les vendeurs de matériel.

3.5 Logistique et maintenance

En 2025, Harris Kupperman a réalisé un diagnostique financier lié à la logistique et l’entretien des data centers. Les résultats de son analyse indiquaient que comme les composants de ces data centers devaient être très souvent changés, rien que pour 2025 et 2025, il fallait déjà investir 1 milliard de dollars rien qu’en entretien, avant même de toucher le moindre penny de profit(Wilkins 2026) :

“If the economics don’t work, doing it at massive scale doesn’t make the economics work any better — it just takes an industry crisis and makes it into a national economic crisis”.

Cette information est également reprise par Matthis Lucas, qui indique que “L’IA devra générer 6 000 milliards de revenus annuels d’ici 2031 pour rentabiliser les investissements colossaux dans les centres de données”. A titre de comparaison, le marché mondial du gaz et du pétrole est estimé à 6413,41 milliards de dollars en 2026.

3.6 Capitalisations boursières


  1. Non.↩︎

  2. Ce qui nous permet à présent d’intituler des articles tels que la “Cyberattaque des frigos connectés”, probablement le titre le plus accrocheur depuis L’attaque de la moussaka géante.↩︎