IA & Santé Mentale
1 Dis papa, c’est quoi une IA ?
Le coeur de l’intelligence artificielle moderne se trouve au niveau du Machine Learning, qui consiste à découvrir des patterns parmi des jeux de données : plutôt que de définir des entrées et sorties à des fonctions préconçues, il “suffit” de fournir des exemples, une manière de donner un feedback et un espace de généralisation, pour que la machine se débrouille à rafiner les cas trouvés, leur donner un sens, une structure, en amélioration graduellement le modèle qui l’entoure.
L’exemple présenté est Netflix, qui propose des nouvelles séries dès que vous en aurez terminée une, simplement en analysant ce que vous aimez, en comparant vos préférences avec celles de millions d’autres utilisateurs, puis en recalculant ce que vous pourriez ensuite apprécier. C’est “juste” de la mise en pratique de mathématiques, soutenues par des chaînes stochastiques et probabilistiques : une même question peut donc ne pas systématiquement apporter la même réponse (Nagasubramanian 2026).
1.1 D’où viennent les données ?
Dans son essai “IA : Le grand enfumage” (Lou Welgryn 2026), Lou Welgryn et Théo Alves Da Costa dissipent l’aura magique de chaque requête adressée à un chatbot : il s’y déploie une chaîne industrielle mondiale fondée sur l’extraction de ressources, le travail invisible et une consommation énergétique colossale”.
C’est la quintessence du technosolutionisme : penser qu’on va trouver la technologie miracle alors que nos problèmes sont avant tout organisationnels, culturels et politiques. (2026)
Il y a une légitimisation stricte du vol de données. Celles-ci ne sont cependant rien sans des ajustements de paramètres, qui permettent de configurer le LLM pour orienter ses réponses. Ce travail peut être dévolu à une autre IA, mais doit quand même être supervisé et pris en charge par une équipe composée d’humains ; et pour mieux orienter certaines “discussions”, le mieux est encore de faire relire certains prompts par … des humains (Cox 2026):
OpenAI is hiring hundreds of contractors who read a massive stream of real users’ ChatGPT prompts, with the prompts sometimes including sensitive personal information, 404 Media has learned. The prompts these people review can include whole conversations between users and the chatbot, conversations that most of ChatGPT’s more than 900 million users probably don’t realize may be read by actual people.
Beaucoup de sociétés offrant un service “gratuit” se retrouvent également à utiliser les données que les utilisateurs leur ont fournis, afin de monétiser l’infrastructure qu’ils ont mise en place, et qui ont vu une opportunité de récupérer un gros paquet de pognon. La base de ceci, c’est que personne ne lit les petits caractères dans les conditions d’utilisation - alors même que la CNIL déconseillait déjà de ne publier aucune photo ou vidéo sur des profils publics, pour minimiser le risque de déviance dû à des systèmes d’intelligence artificielle.
1.2 Le coût (caché) de l’IA
Parce qu’il y a bien quelque un qui va payer la note au final, et ça ne sera pas joli. Tokenmaxxing et compagnie.
Indiscriminate use of AI seems harmless because it feels easy and frictionless. But the real costs are often hidden: a loss of trust, skill, and privacy, as well as environmental impacts and real-world harm.
Comme on peut le lire dans plusieurs articles, plusieurs sociétés se reposent sur l’IA pour réduire (théoriquement) leurs coûts, en virant des employés et en les remplaçants par des chatbots. Sophie Herold propose des guidelines pour bannir les contributions écrites exclusivement avec de l’IA. Le texte spécifie cependant que les IA peuvent être utilisées pour répondre à des questions ou trouver de l’information.
2 Et après ?
Ceux qu’on vont s’en sortir sont des cadres haut placés, avec des fonctions managériales, tandis que les moins nantis devront se contenter d’emplois précaires, suffisants pour survivre, mais insuffisants pour garder un train de vie confortable - aux antipodes du rêve américain de consumérisme, prelassement et de rente ad vitam aeternam.
Acheter ou utiliser les services proposés par les GAFAM, c’est soutenir et accepter une situation dont nous serons nous-mêmes le dindon de la farce, comme “nouveau prolétariat numérique”. C’est un monde où on passe du rêve numérique à l’exclusion et à l’étouffement des libertés.
Apple a ainsi retiré les fonctionnalités VPN de ses systèmes installés en Chine. Internet reste un outil fortement décentralisé - malgré l’infrastructure vers laquelle tendent la majorité des plateformes - et c’est cette ouverture qui en fait l’ennemie des dictatures en place.
En Chine, un système de notation des citoyens a été mis en place sur une petite échelle, allant de AAA (citoyen excellent) à D (citoyen malhonnête). Sur le fond, c’est un exercice sans l’air du temps… jusqu’à ce qu’il se retourne contre vous et vous prive de toute liberté de mobilité.